Le GO, ze parte tou

Ze parte ouane, c’est par ici.

Habillage en catastrophe – j’ai toujours des kits tout près pour parer à toute éventualité/circonstance – et à 11h30 je faisais une sortie en urgence et… catastrophique.

Il neige. Une petite neige fine, comme celles qui tombent à moins vingt degrés Kelvin. Glissade garantie. Mais j’ai eu de la chance, dans mon élan je suis arrivé à éviter les traîtres marches (4) pour atterrir carrément dans l’allée. À part quelques égratignures à la main droite qui a quelque peu vagabondé sur le mur de pierre, aucune blessure importante. Puis j’suis gaucher, alors, la main droite…

J’ai couru… patiné… avec peine jusqu’à l’arrêt d’autobus en boitillant à peine. En consultant le panneau des heures de passage et brève consultation de ma montre, j’appris avec joie qu’un bus devrait se pointer dans à peine trois minutes.

Je me rendis compte, du même coup, que mon optimisme tenait plus de l’utopie qu’autre chose. Déjà que le transport en commun n’a, en temps normal, de ponctuel que les temps de passage sur les panneaux, alors, avec la neige, j’avais le temps de reprendre mon souffle et courir jusqu’à la station de métro la plus proche… Quelques kilomètres à peine.

C’était tout de même assez loufoque. Si les autobus, roulant dans les rues déneigées, pouvaient se permettre des retards sidérants, marcher sur des trottoirs non déneigés relève de l’exploit himalayen. Je cessai de courir et pris un rythme normal.

Après quarante-cinq minutes, la station se dessinait dans le blizzard. Et remarquez, je n’ai pas vu passer un seul bus. En fait un seul, mais en direction inverse.

Enfin au chaud, dégoulinant de neige, je courus jusqu’au tourniquet pour entrevoir tout bas sur le quai d’embarquement une foule énorme. Signe évocateur d’un probable malheur.

Et oui… Le métro est en panne. N’allez pas croire que c’est la neige accumulée qui chamboule le roulement du métro, il est souterrain ! Non ! C’est seulement une des quotidiennes pannes mécaniques qui affligent depuis la nuit des temps le réseau du métro.

Je peux vous dire que j’étais content. Au moins sur un quai on peut respirer, alors que si vous êtes coincés dans un wagon de métro, en plein tunnel, sans ventilation, après 10 minutes c’est la suffocation.

“Blalala lala… Nous prévoyons une reprise “normale” du service dans quarante minutes. »

Merde. Leurs prévisions sont en général à l’image de leurs performances : très en dessous de la réalité.

Bon. Je dois poireauter là jusqu’à environ treize heures. Je devrais tout de même pouvoir être à l’heure pour mon rendez-vous, en priant qu’il n’y ait pas d’autres pépins.

Je franchis la porte du Club Ned et m’échouai au comptoir de réception, soufflant comme un taureau en fin de corrida, en sueurs  après avoir bouilli pendant cinquante-cinq minutes dans un wagon de métro et couru les huit dernières minutes. Il était plus que temps, il était quatorze heures et quatre minutes très exactement. Ne cherchez pas la minute manquante, j’étais dans l’ascenseur.

J’ai dû faire une forte impression… plutôt causer une grande surprise à la réceptionniste. Son expression d’horreur était éloquente.

D’emblée elle m’informa que la clinique médicale était au cinquième étage.

Et que non ! Que j’avais un rendez-vous avec (je sors mon petit papier) M. Acep al Hajhouah. Son visage s’alluma et s’accompagna d’un soupir/sourire de soulagement.

– “M. Coco ?”, j’opinai du chef cherchant méchamment à me faire une réserve d’air, “M. al Hajhouah vous prie de l’excuser d’un léger contretemps ; il sera de retour vers quatorze heures trente. Veuillez prendre un siège et vous mettre à l’aise.”

Je me suis retourné, à la recherche d’une chaise accueillante. Non mais qui avait eu l’idée de décorer l’accueil comme une plage tropicale ensoleillée ! Il avait même un bassin d’eau, de faux cocotiers, du vrai sable, quelques chaises longues de plage et parasols et une faible ringarde pour faire convaincant . Mais pas de “vrai” siège, chaise ou fauteuil…

La réceptionniste voyant mon désarroi me rassura en m’indiquant que je pouvais utiliser un transat, que c’était conçu pour les gens en attente.

Tu parles ! J’avais beau être en nage, j’avais pas apporté de maillot moi !!! Je me suis à tout le moins allégé de mon anorak/chapeau/foulard et, perplexe, je lorgne mes bottes d’hiver, et me dit que non, j’allais pas enlever mes bottes pour marcher dans ce sable incongru tout de même !!!

La réceptionniste, chez qui je devais provoquer une hilarité certaine, me pria d’y aller “botté”, qu’on changeait le sable à tous les jours.

… Je commençais à me demander si j’étais pas tombé sur une bande de fous. On a beau “vendre” les paradis tropicaux (ou fiscaux ?) ça poussait le kitch à un sommet inégalé.

Je me suis installé tant bien que mal… Plus mal que bien, parce que commençais à ressentir diverses douleurs sourdes qui me rappelèrent péniblement des parties anatomiques dont on se fout royalement tant qu’elles ne font pas mal.

Après quelques grognements je suis arrivé à m’installer. J’ai tout de même jeté un coup d’oeil inquiet vers les cocotiers, des fois qu’ils aient poussé la blague encore plus haut.

Rassuré, tout mon attirail arctique dans les bras, je me permis un petit soupir de soulagement. Et que vois-je ? Une dame déguisée ou plutôt déshabillée en vahiné se dirige vers moi et me tend  une espèce de cocktail. Minuscule parasol et cerise compris. La mâchoire ne m’a pas décrochée parce que, tout compte fait, j’avais une de ces soifs !

Et là, FLASH ! Ce coup-là, soif ou pas, la mâchoire n’a pas tenue. La vahiné me dit qu’on me remettrait “la” photo-souvenir après mon entrevue.

Ils sont pas kitch ! Il sont barjots !

Suite >

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